Chapitre Zéro: Prologue

Port Hiranis... La Ville avec un grand "V". Le "V" de la Victoire, le "V" de la Vie.

Ville éternelle, Ville sacrée, Ville suprême. Ma Ville. Celle où je suis né.

On la dit magnifique, riche en aventures et on en fait l'éloge partout autour du monde. Mais les ragots, les rumeurs sont comme la peste. Ils se propagent plus vite qu'une épidémie et peuvent blesser davantage. Ils vont, ils courent, ils persistent et surtout, ils mentent.

Port Hiranis a beau être décrite comme une Ville de légende, elle est la scène de la plus abominable, la plus tragique pièce de théâtre.

Loin, loin de ces belles maisons, loin de ces quartiers bondés de jour comme de nuit, loin des bateaux, des marchands se trouve la plage.

Une vaste étendue de sable où poussent une végétation luxuriante: de magnifiques palmiers, des plantes exotiques, des herbes hautes venant se méler au sable chaud frappé par le va et vient des vagues...

Au loin, des falaises fouettées par l'eau salée de l'océan s'étendent à perte de vue. Si l'on regarde plus loin encore, on peut apercevoir une brume obscure. Non, ce n'est pas le royaume des Enfers, c'est mon royaume. Mon univers. Là où je vis ou plutôt là où je survis. Le bidonville. Horreur est le premier mot qui viendrait a l'esprit de quiconque pénetre en ce lieu abandonné de toute vie.

 Les maisons en bois mouillée par les intempéries semblent s'écrouler sur elles mêmes, l'herbe qui pousse est déjà fanée et les habitants paraissent mourir de faim.

Voilà la vision que tous ont du bidonville. Un lieu sans vie, un lieu délabré. Mais, pourtant, ce n'est pas tout. Des voleurs, des assassins, des mages noirs souhaitant recruter pour leur secte, de mysterieux individus peuplent cet endroit. Ils attaquent, tuent, volent... La sécurité, comme la pitié n'existe pas ici.

 

Je vis dans une cabane du bidonville avec mon frère Halan et mes parents. Ceux ci sont partis à la guerre voilà deux ans. Ils nous ont promis leur retour. Je me remémore souvent leures paroles avant leur départ: "Nous vous promettons que nous rentrerons bientôt. Nous vivrons heureux pour toujours et jamais nous ne serons séparés".

C'était leur promesse. Mais après deux ans d'attente, de survie et de larmes versées, rien. Nous attendons toujours leur retour de la guerre.

Quelle guerre? Interdiction d'en parler. Quand vont-ils rentrer? Cela ne saurait tarder.

 

 

Nous en sommes, comme millésime, en l'an de grâce mille deux cent quatre-vingt-dix-huit et comme quantième au treizième du mois de Florys. C'est le printemps, le moment où tout commence, le moment où tout débute et où tout nait. Nous sommes le premier jour de la semaine, le jour d'Hiranis.  

Jour faste? Jour néfaste? Non, rien de tout cela. Un jour ordinaire; un jour de malheurs. Un jour où, comme tous les jours, je vais voler de quoi subvenir à nos besoins, à moi et à mon frère Halan.

Comme chaque jour, les marchands crient de leurs voix fatiguées, les passants me bousculent, les nobles me regardent d'un air autain et prétentieux. Comme chaque jour, je baisse les yeux, verse une larme et m'enfuit en courant. Je marchais cherchant un met facile à voler quand je vis un bel étalage de poisson. Le marchand s'étant absenté, j'en profitai pour mettre quelques poissons dans ma sacoche. Soudain, après avoir fait quelques pas, une voix m'interpella. C'était le vendeur, le vendeur de poissons: "Eh! Toi! Sale voleur! Rend moi ce que t'as piqué!"

N'ayant pas le courage de me retourner, j'avalai ma salive, priai je ne sais quel dieu et courus de toutes mes forces. Une patrouille de trois soldats se mit à me poursuivre. Je pus m'enfuir, j'eus de la chance.   

Mais durant ma course, j'avais l'impression d'être observé, analysé, commenté même... 

Peu importe... J'arrivai près du bidonville. Je vais retrouver Halan, il m'avais promis de ne pas sortir de chez nous.

Les premiers signes de l'arrivée au bidonville se firent sentir. L'air y était pollué, les cabanes en ruines, les plantes fanées et les habitants faibles et maladifs.

Quelques minutes plus tard, j'arrivai devant ma "maison". Je tirai violemment le rideau qui nous sert de porte et, là, soudainement, je fus pris d'une étrange sensation. Etait-ce de la peur? Peut-être, surement. Des sueurs froides commencèrent à parcourir tout mon corps, je sentais la transpiration couler le long de mon visage bouillant et le rythme de mon coeur s'accélerer de plus en plus.

Dans la maison, rien. Halan avait disparu. Peut-être s'était il fait enlever? Peut-être était-il mort?

Rien que d'y penser, je frémis. La mort. Si éloignée et pourtant si proche. Si familière et pourtant si terrifiante. Avait-t-elle décidé de s'inviter dans notre pathétique demeure? Avait-t-elle choisi ce jour là pour tout detruire autour de moi? Ma peur se transforma en terreur, je ne pouvais presque plus respirer tellement mon coeur battait vite et fort. Je devais être courageux, je devais savoir. Il fallait que je sache où était Halan mais je n'avais aucune piste, aucun indice. Que pouvais-je faire d'autre sinon rester seul et pleurer jusqu'à en mourir?

Je décidai donc de partir à sa recherche. Peut-être était-il encore dans le bidonville?

Je pris quelques affaires, de la nourriture et une petite épée en bois. Je rangeais soigneusement le tout dans ma sacoche quand, soudain, une voix retenti. Elle semblait m'appeller: "Eh! Gamin! Je tiens ton frère! Je sais que tu m'entends! Viens me trouver sinon je tue ton frangin!"

A l'entente de ces mots, je me précipitai hors de chez moi et courrus à travers tout le bidonville. Je passais devant une des cabanes lorsque je vis une silhouette sur le toit. En la regardant plus longtemps, je compris que c'était celle du ravisseur. Il sauta du toit, me faisant reculer d'un bond.